Au coeur même des villes et villages, sur les rives de la Marne, de la Vesle, de la Suippes... et jusqu'en bordure des plus méconnus cours d'eau, les lavoirs sont les témoins d'un passé révolu.
Certains, laissés à eux-mêmes, n'en perdent pas pour autant leur charme. Au contraire. Ici, l'herbe folle qui s'étire patiemment le long des vieilles planches vermoulues. Là, les tuiles qui se perdent lentement. Les traces du temps font écho à notre nostalgie et leur rendent paradoxalement plus d'attrait encore. S'ils ne sont simplement détruits, d'autres encore sont réhabilités en salle des fêtes, en entrepôt, en abri-bus, en bac à fleurs... et perdent définitivement leur âme.
A l'origine, sans aucune protection contre les intempéries et à même le sol, c'est sur les rives des fleuves et des rivières que les lavandières venaient laver leur linge. Moins sophistiqué encore, un simple point d'eau, parfois aménagé de pierres inclinées pour lui donner la forme d'un bassin ou de simples planches, suffisait. Herbes et feuillages accueillaient alors sans autre fioriture le linge propre mis à sécher.
Au 19ème siècle, les nouvelles exigences de santé publique obligent à repenser la fonctionnalité des lavoirs afin de rendre moins pénible le travail des lavandières et d'inciter celles-ci à augmenter la fréquence des lessives.
Les lavoirs sont multiples. Lavoir ouvert. Lavoir semi-ouvert. Lavoir fermé. Lavoir de rivière. Lavoir-source. Lavoir-appenti sur pièce d'eau. Lavoir-atrium. Lavoir-halle. Bateau-lavoir. Etc.
Les lavoirs gagnent progressivement en confort. Des toitures sont installées. Des murets ou des murs sont apposés : d’abord sur deux ou trois côtés puis sur l’ensemble des côtés, donnant ainsi naissance à des lavoirs totalement clos. Progressivement, on les dote de fonctionnalités diverses : déchargeoirs à hottes, cheminées servant au chauffage de l’eau, planchers mobiles s'ajustant à la hauteur des eaux, systèmes de vannage, barres d'égoutage, séchoirs, systèmes d’aération, verrières, éclairages, bancs de pierre ou de bois ou, plus rarement, lieux d'aisance à proximité.
Recouverts d'argile et pavés au 19ème siècle, en béton par la suite, la plupart des bassins répondent à des plans carrés ou rectangulaires, plus rarement circulaires ou semi-circulaires, ovoïdes, oblongs...
Les margelles sont en pierre de taille inclinées dans l'eau. Rapidement, dans nombre de communes, deux bassins permettent de séparer les eaux de lavage et de rinçage. De dimension plus restreinte, le rinçoir se situe en amont pour bénéficier d'une eau claire et non savonneuse. La plupart des bassins, situés au ras du sol, obligent les lavandières à travailler le linge à genoux. Pour pallier à l'inconfort lié à cette position, de rares architectes proposeront par la suite deux types d'aménagement : l'élévation du bassin ou l'abaissement du sol tout autour du bassin, permettant ainsi aux lavandières de travailler debout.
L'eau est parfois capricieuse et les lavoirs de rivière, s'ils présentent l'avantage de bénéficier d'une eau claire et abondante, doivent faire face à un niveau de l'eau des plus variable au fil des saisons. Quelques lavoirs, dotés de planchers mobiles actionnés par des chaînes et des manivelles permettent d’adapter la hauteur du plancher à celle des eaux.
La toiture est un élément précieux du lavoir. Sans toit, les lavandières sont soumises à tous les aléas climatiques et atmosphériques. Il fût l'objet de leurs plus vives réclamations. Le plus souvent en tuiles du pays, les toitures les plus simples ont un ou deux pans, plus rarement trois, et ne protègent qu'une partie des abords du bassin.
La plupart des lavoirs de bord de rives sont construits sur ce modèle de l'appentis unique, plongeant parfois très bas à la surface de l'eau. Un toit à double appentis couvre en vis-à-vis deux bords du bassin des lavoirs. Ces constructions présentent l'avantage de permettre la récupération des eaux de pluie, qui s'écoulent directement dans le bassin. Sur certains lavoirs, dits à impluvium central, un toit à quatre appentis découvre uniquement le bassin qui bénéficie alors d'une belle luminosité.
Plus couteux, les lavoirs entièrement couverts imposent une charpente élaborée. Des toitures à deux, quatre, six et même huit pans peuvent être observées.
Certains lavoirs bénéficient d'une architecture d'exception.
Néanmoins, pour des raisons financières la plupart des lavoirs sont de construction classique et si originalité il y a, elle est à rechercher dans la finesse d'un détail. Architectes et artisans se sont parfois employés à magnifier ces lieux à travers l'arrondi d'un bassin, l'élégance d'une charpente, le dessin d'une ouverture, le mélange des matières et des couleurs...
Voir aussi quelques autres lavoirs de France : Bourgogne, Normandie...